L'écologie intégrale

Voyage au coeur de l'encyclique Laudato si'

Tout est lié !

Extraits de « l’écologie intégrale comme capacité à aimer » de Fabien REVOL. 

1°) L’écologie, une question de relations

  • Définition de l’écologie (d’après Ernst Haeckel en 1866) : : « L'écologie se définit comme l'étude des interactions qui existent entre les organismes et leur environnement physique et biologique. »
  • Autre nom de l’écologie : réseaux d'interactions d'interdépendance
  • L’être humain est immanquablement une créature écologique, c'est-à-dire inscrite dans un ou des réseaux d'interactions d'interdépendance. Etre créé par Dieu, c’est fondamentalement exister parce qu’en relation avec d'autres entités et personnes.

2°) Pourquoi l’Amour au centre ?

  • L'amour du Père est la raison et la source de la création, l'Esprit de Dieu en tant qu'échange de l'amour entre le Père et le Fils est la vie même de la création.

Qui dit être en relation, pour un être humain, implique donc l’amour de ce avec quoi ou qui nous sommes en relation.

3°) L’écologie intégrale : quatre relations basées sur l’Amour.

  • Le modèle de l'amour : la Trinité

Les chrétiens confessent leur foi en un Dieu d'Amour (1 Jn 4, 8). Cela signifie pour l'être humain qu'être créé à l'image de Dieu, c'est être créé pour être image active de l'amour de Dieu dans la création. Or, la modalité divine de l'expression de cette essence est d'être relation trinitaire, c'est-à-dire échange d'amour entre trois personnes divines.

Un des enjeux principaux de l'écologie intégrale, en ce qui concerne sa fondation, consiste en la reconnaissance de la valeur propre et intrinsèque des créatures aux côtés de la dignité de la personne humaine. Un des arguments principaux utilisés par François pour établir cette fondation est de considérer que les créatures ont une valeur propre du fait qu'elles reflètent quelque chose de Dieu chacune à leur manière .

 « La nature est pleine de mots d'amour, mais comment pourrons-nous les écouter au milieu du bruit constant, de la distraction permanente et anxieuse, ou du culte de l'apparence ? » (Laudato Si, paragraphe 225).

 

  • Dominer la création : aimer comme le Christ

Que signifie la « domination » pour Jésus ? Voici sa réponse en Jn 13, 13-14 : « Vous m'appelez "Maître" et "Seigneur", et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. » Jésus atteste sa seigneurie en lavant les pieds de ses disciples. Il montre ainsi comment exercer cette même seigneurie.

Dominer la création, c'est l'administrer selon l'amour-même de Dieu pour ses créatures.

Mettre de l'amour dans toutes nos relations, dans tout ce que nous faisons, est aussi un appel du pape François dans Laudato si'.

« L'amour, fait de petits gestes d'attention mutuelle, est aussi civil et politique, et il se manifeste dans toutes les actions qui essaient de construire un monde meilleur. L'amour de la société et l'engagement pour le bien commun sont une forme excellente de charité qui, non seulement concerne les relations entre les individus mais aussi les « macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques ». C'est pourquoi l'Église a proposé au monde l'idéal d'une « civilisation de l'amour » (Laudato Si , paragraphe 231).

4°) Le tétraèdre de l’écologie intégrale

L'être humain se structure à travers quatre relations : la relation avec soi-même, la relation avec les autres, la relation avec Dieu et la relation avec la terre. Elles s'arrangent géométriquement en tétraèdre pour les deux raisons suivantes :

  • C'est une figure en forme de pyramide à base triangulaire, à quatre faces et quatre coins dont chacun est directement relié aux trois autres. Cela signifie que la manière dont on est en relation avec un des éléments de la figure a un impact direct sur les trois autres en même temps.
  • De ce fait, si l'on introduit un désordre sur l'un des composants, on déstructure toute la figure. En d'autres termes, si notre relation, par exemple aux autres, est désordonnée, alors cela désordonne également notre relation à soi, à Dieu et à la terre.

L'écologie intégrale invite l'être humain à placer l'amour au centre de ces quatre relations fondamentales :

la manière dont je suis en relation avec Dieudont j'aime Dieu — a un impact sur mon rapport aux autres, à moi-même, à la terre.

La manière dont je suis en relation avec moi-même — dont je m'aime — a un impact sur mon rapport à Dieu, aux autres, et à la terre.

La manière dont je suis en relation avec les autres — dont j'aime mon prochain et en particulier le plus pauvre — a un impact sur mon rapport à Dieu, à moi-même et à la terre.

La manière dont je suis en relation avec la terre — dont j'aime la terre — a un impact sur mon rapport à Dieu, aux autres et à moi-même.

L'écologie intégrale n'est pas une donnée ni un protocole à appliquer, mais un projet à poursuivre  celui de chercher le juste et bon équilibre de ces quatre relations fondamentales dans notre être au monde. Cela a à la fois une dimension personnelle et communautaire, voire culturelle.

Il faut donc lire l'ensemble des crises que traverse notre humanité, dont la crise écologique, comme la déformation de cette figure à l'échelle de notre humanité. La recherche de solutions à ces crises — ou à cet état généralisé de crise — se fait par le réajustement équilibré de ces quatre relations. 

5°) La clef : entrer dans le regard de Dieu, une question de conversion

 Pour aimer la création comme Dieu l'aime il faut la voir comme Dieu la voit, la regarder comme Dieu la regarde, et même la connaître comme Dieu la connaît, avec son amour…

« La création est de l'ordre de l'amour. L'amour de Dieu est la raison fondamentale de toute la création : « Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n'as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l'aurais pas formé » (Sg 11, 24). Par conséquent, chaque créature est l'objet de la tendresse du Père, qui lui donne une place dans le monde. Même la vie éphémère de l'être le plus insignifiant est l'objet de son amour, et, en ces peu de secondes de son existence, il l'entoure de son affection » Laudato si paragraphe 77

Chose merveilleuse : cette conversion du regard n'est pas à faire via la force du poignet, car elle relève du don de science qui est un des sept dons de l'Esprit Saint. Ceux-là sont donnés au sacrement de la confirmation, mais ils sont aussi à demander par la prière.

 

Article de la revue Lumen Vitae, vol LXXIII n° 4 - 2018 (p 411-424)
publié avec l'aimable autorisation de Fabien Revol et des Editions Lumen Vitae

 

Ici aussi nous pouvons voir que Dieu est premier en ce qui concerne cette conversion à l'écologie intégrale, son amour nous précède, nous pouvons compter sur lui.

 

 

Article publié par Réseau Laudato Si' • Publié le Lundi 02 novembre 2020 • 1171 visites

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