Les Hauts-de-France pourraient connaître des changements majeurs bousculant la nature des cultures présentes

Article de la Voix du Nord du 21 février 2022- plus que jamais d'actualité !

https://www.lavoixdunord.fr/1142375/article/2022-02-21/les-hauts-de-france-pourraient-connaitre-des-changements-majeurs-bousculant-la?&pwback

Merci à Benoit Deseure, rédacteur en chef adjoint du quotidien La Voix du Nord d'avoir autorisé, la reproduction de l'article du 21 février quant aux "changements majeurs bousculant la nature des cultures présentes" que pourraient connaître notre région :

Joel Léonard est chargé de recherches à l’Institut national de recherche pour l’agriculture (INRAE), directeur adjoint de l’unité de recherche transfrontalière BioEcoAgro.

– À quelle époque les questions environnementales sont-elles devenues un axe de recherche pour l’institut auquel vous appartenez ?

« Il a fallu du temps, elles ont émergé dans les années 1990, avec les travaux sur les nitrates, les pesticides. Ça a été un tournant. Depuis les années 2000, peu à peu, les questions environnementales sont devenues dominantes dans notre travail. »

– Observe-t-on des impacts du dérèglement climatique sur les cultures des Hauts-de-France ?

« Oui, il y en a : nous avons, par exemple, probablement comme dans beaucoup de régions en France, des décalages de la phénologie (1) avec des cultures semées de plus en plus tôt au printemps (la betterave, par exemple), des hivers plus doux qui rendent difficile l’acclimatation au froid (c’est un effet un peu paradoxal du réchauffement, qui accroît ainsi les risques liés au gel), une réduction assez nette du drainage qui réduit la recharge des nappes, ce qui pourra limiter le recours à l’irrigation pour s’adapter au déficit hydrique… »

– Comment intégrez-vous le dérèglement climatique dans vos travaux ?

« Nous travaillons sur deux volets : comment s’y adapter et comment l’atténuer. Par exemple, au sein de l’unité de recherche de Gembloux, en Belgique, près de Namur, un écotron permet d’imposer les conditions climatiques du futur dans des cellules en laboratoire et d’étudier les conséquences sur les processus microbiens dans le sol et sur le fonctionnement de la plante elle-même. Sur le site d’Estrées-Mons en Picardie, des personnes sont impliquées depuis de nombreuses années sur la compréhension du déterminisme génétique de la réponse des cultures au stress lié au froid (maïs) ou au gel (pois). Cela permet de contribuer au travail d’amélioration variétale pour obtenir des cultures moins sensibles au froid ou au gel, mais aussi, par exemple, en les rendant moins sensibles au gel, de pouvoir décaler le cycle des cultures de printemps vers l’hiver pour essayer d’éviter des stress liés à la sécheresse en été. Sur le volet atténuation, nous nous intéressons, par exemple, à l’influence des modalités de gestion des résidus de culture sur les émissions de gaz à effet de serre, dans le cadre d’une thèse en cours. »

Quels types de recherches menez-vous dans la région ?

« Nous cherchons notamment à développer un programme ambitieux en Hauts-de-France et Wallonie pour stimuler les recherches sur le changement climatique sur les deux volets : atténuation, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et en favorisant le stockage de carbone dans le sol, et adaptation. Le changement climatique et ses effets ont surtout été étudiés par d’autres équipes INRAE en France, sur la vigne par exemple. Mais il est plus compliqué de travailler sur les grandes cultures que sur la vigne pour laquelle les acteurs appartiennent à une même filière, facilitant ainsi le développement d’une approche intégrée. Les grandes cultures juxtaposent quantité de filières organisées de façon séparée, avec des instituts techniques propres aux céréales, aux oléagineux, etc. Et comme les bonnes pratiques en matière d’atténuation vont dans le sens de la diversification des cultures, cela renforce cette difficulté. Une chose certaine est que la variabilité du climat s’accroît, et avec elle les risques, les incertitudes, pour l’agriculteur. La diversification des cultures est aussi un moyen de limiter les impacts des aléas climatiques. »

– À long terme, les cultures régionales devront-elles évoluer au profit d’autres, plus adaptées à de nouvelles conditions météos ?

« C’est une possibilité. L’un des objectifs de notre préprojet est de dresser un état des lieux des possibles manifestations du changement climatique en région, nécessaire pour travailler sur ses conséquences, les adaptations. Une chose certaine est que cela dépendra beaucoup des scénarios du changement climatique futur, de notre capacité à infléchir la trajectoire actuelle. Dans tous les cas, les impacts existeront, sur les ressources hydriques, les températures en hiver et en été, etc. Mais dans le cas d’un scénario avec peu d’atténuation, la région Hauts-de-France, qui se situe dans une zone de transition, pourrait connaître des changements majeurs bousculant la nature des cultures présentes. »

Science qui étudie l’influence des variations climatiques sur les différents stades de la vie des plantes (germination, floraison) et des animaux (migration, hibernation).

Qu’est-ce que l’INRAE?

L’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement est né en 2020 de la fusion de deux instituts de recherches en agronomie l’INRA et de l’IRSTEA, devenant par sa taille et l’étendue de ses domaines de recherches le premier institut de recherche au monde, spécialisé en agriculture, alimentation et environnement. 

Dans l’unité de Joël Léonard, les chercheurs s’intéressent au fonctionnement de l’interface sol, plante, atmosphère. « Trois éléments en interaction permanente puisque, par exemple, la plante prélève des nutriments dans le sol pour sa croissance, la matière organique produite revient en partie au sol, se dégrade, produisant des composés gazeux pouvant rejoindre l’atmosphère. Nous travaillons sur ce continuum, et sur comment la façon dont on gère les cultures a un impact sur leur croissance et sur l’environnement et comment en changeant les pratiques, on peut améliorer cet impact. » 

Leurs travaux servent à d’autres chercheurs en environnement et une partie directement au monde agricole, pour l’aider à améliorer ses pratiques.

Article publié par Equipe de la Maison • Publié le Lundi 28 février 2022 • 504 visites

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